Slender-billed Curlew
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En souvenir du courlis à bec grêle : réflexions sur une espèce disparue

Le 10 octobre 2025, le courlis à bec grêle (Numenius tenuirostris) a été officiellement déclaré éteint. Il s'agit de la première espèce d'oiseau aquatique migrateur répertoriée dans l'Accord sur la conservation des oiseaux d'eau migrateurs d'Afrique-Eurasie (AEWA) à disparaître à jamais. Autrefois gracieux voyageur entre l'Eurasie et l'Afrique du Nord, sa disparition marque un moment de réflexion profond pour tous ceux qui œuvrent à la protection des espèces migratrices et de leurs habitats.

La dernière observation confirmée du courlis à bec grêle remonte à février 1995 au Maroc, quatre mois seulement avant que l'AEWA ne soit officiellement négocié et conclu à La Haye. Pour cette espèce, le traité établi pour conserver les oiseaux d'eau migrateurs à travers l'Afrique et l'Eurasie est tout simplement arrivé trop tard.

Pourtant, l'extinction du courlis à bec grêle nous rappelle de manière frappante pourquoi une telle coopération est vitale et pourquoi nous devons agir plus tôt, plus rapidement et ensemble pour éviter de nouvelles pertes à l'avenir. Pour honorer sa mémoire, le Secrétariat de l'AEWA a donc lancé cette rubrique spéciale qui rassemble les réflexions et les témoignages personnels de ceux qui ont recherché, étudié et profondément aimé cet oiseau insaisissable, notamment Mary Colwell, auteure, militante et présidente du Curlew Recovery Partnership England, qui a été la première à partager ses réflexions.

Réflexions personnelles sur l'extinction du courlis à bec grêle

Par Mary Colwell

Vous trouverez ci-dessous les réflexions personnelles et non éditées de Mary Colwell sur l'extinction du courlis à bec grêle. Dans sa contribution, elle évoque le poids émotionnel de cette perte et la nécessité urgente de transformer la prise de conscience en une action mondiale coordonnée.

Qu'avez-vous ressenti en apprenant que le courlis à bec grêle était désormais officiellement déclaré éteint après toutes ces années ?

Il est difficile d'exprimer avec des mots toute la gamme des sentiments que j'ai éprouvés, un mélange de désespoir, de résignation, d'impuissance, de détermination et le sentiment que, d'une certaine manière, tout a perdu de sa valeur. Savoir qu'un oiseau aussi mystérieux et gracieux que le courlis à bec grêle a véritablement disparu, c'est comme sentir le monde se rétrécir un peu.

Pour beaucoup d'entre nous, ce n'est pas seulement la perte d'une espèce, c'est la perte d'une possibilité, la chance qu'il en reste encore un quelque part, revenant avec la marée ou chantant depuis un marais. Ce faible espoir s'est évanoui, laissant place à un profond malaise et à une tristesse silencieuse.

Mais elle s'accompagne également d'une détermination. Nous devons à cet oiseau de donner un sens à son extinction, de changer notre façon d'agir, de refuser l'indifférence et de veiller à ce qu'aucune autre espèce ne disparaisse sans que nous nous en rendions compte. Ce qui se passera ensuite sera l'héritage du courlis à bec grêle.

Si vous pouviez revenir à l'époque où il a été vu pour la dernière fois, sachant ce que nous savons aujourd'hui, qu'auriez-vous fait différemment ?

J'aurais alerté tout le monde, j'aurais utilisé toutes les nouvelles plateformes de communication dont nous disposons aujourd'hui pour informer les gens de ce qui se passe.

D'après votre expérience et vos connaissances, quels ont été les facteurs les plus déterminants qui ont contribué à la disparition du courlis à bec grêle ?

La disparition du courlis à bec grêle est le résultat de nombreuses pressions interdépendantes, mais au-delà des causes directes, il y avait quelque chose de plus insidieux : le silence.

Seules quelques personnes dans un cercle restreint savaient ce qui se passait : une poignée d'ornithologues amateurs, de scientifiques et de décideurs politiques. Le grand public n'était pas au courant et ne pouvait donc pas s'en soucier. S'il l'avait été, toutes sortes de pressions auraient pu être exercées : préoccupation publique, action diplomatique, financement, éducation du public, protection sur le terrain. Mais le courlis s'est éteint discrètement, dans l'indifférence générale, passant entre les mailles du filet des connaissances fragmentées et des responsabilités internationales.

Son histoire montre que l'extinction est un échec de la communication, un signe que nos systèmes de détection et de réaction sont encore trop modestes, trop lents et trop introvertis. Le plus grand danger pour la faune sauvage n'est souvent pas l'hostilité, mais l'absence de compréhension et d'attention.

Malgré les recherches approfondies et les efforts de surveillance, aucun autre individu n'a été trouvé depuis la dernière observation en 1995. Qu'est-ce que cela nous apprend sur les limites et l'importance de la recherche/surveillance sur le terrain ? Quel rôle cela joue-t-il dans la conservation de l'espèce ?

Les longues recherches menées pour retrouver le courlis à bec grêle montrent à la fois la puissance et les limites du travail sur le terrain. Il est essentiel de l'observer et de savoir ce qui se passe sur le terrain, mais cela ne suffit pas. Le monde doit savoir et se sentir concerné.

La conservation doit mieux expliquer pourquoi ces espèces sont importantes et permettre aux gens de se joindre à l'effort pour les protéger. Lorsque les connaissances restent confinées à un petit cercle de spécialistes, elles perdent l'énergie plus large qui peut susciter l'action. L'histoire du courlis à bec grêle montre que le silence et l'invisibilité peuvent être aussi dangereux que la perte d'habitat et la chasse.

La surveillance nous fournit des preuves, mais la communication nous apporte des alliés. Pour que toute espèce survive, la science et la sensibilisation doivent aller de pair. L'une recueille la vérité, l'autre lui donne vie et sens dans le monde.

Quels enseignements tirés du cas du courlis à bec grêle sont les plus pertinents pour les autres espèces migratrices (oiseaux aquatiques) menacées aujourd'hui ?

Toutes les espèces sont uniques et ont leur propre histoire à raconter. Les oiseaux aquatiques occupent une place particulière dans l'imaginaire humain. Ils occupent des espaces liminaires, habitent des terres inaccessibles et restent insaisissables. Nous comprenons ce mystère. Les oiseaux aquatiques et leurs cris évoquent toutes sortes d'images et d'émotions. Chaque espèce est capable de cela, et l'opportunité de toucher le cœur et l'esprit du public est immense. L'histoire du courlis à bec grêle montre que la protection ne peut s'arrêter aux frontières, car ces oiseaux dépendent d'une chaîne de zones humides, de champs et de côtes qui s'étendent à travers les nations. Ils dépendent d'une variété de cultures, d'attitudes, de politiques et de sensibilisation.

Elle nous enseigne également que la rareté n'est pas synonyme de résilience. Une espèce peut sembler en sécurité dans une partie de son aire de répartition tout en disparaissant ailleurs, sans être vue. Nous devons renforcer la coopération entre les pays et le long des voies migratoires, mais il est tout aussi important d'impliquer les gens dans cette histoire.

Le courlis à bec grêle montre ce qui se passe lorsque la prise de conscience est en retard par rapport au déclin. La prochaine étape pour la conservation n'est pas seulement de collecter des données, mais aussi de créer des liens entre les cœurs. Les oiseaux migrateurs relient les continents entre eux, et leur destin est indissociable du nôtre. Nous devons tous le savoir et le comprendre.

Le courlis à bec grêle était autrefois répandu en Europe, en Afrique du Nord et en Asie. Que révèle son extinction sur notre capacité (ou notre incapacité) à protéger les espèces qui traversent plusieurs frontières ?

En 1949, Aldo Leopold a écrit son essai fondateur, « Thinking like a mountain » (Penser comme une montagne). Il nous exhortait à sortir de la sphère humaine et à voir le monde comme une montagne le voit, à observer ce qui se passe lorsque la pensée holistique et concertée échoue. Cet essai a changé la conservation et a changé le cœur de Leopold. Pour sauver les espèces migratrices, nous devons penser comme les oiseaux migrateurs, voir au-delà des frontières et des silos de conservation. La conservation des espèces qui parcourent le monde doit être fondée sur une réflexion globale et la coopération. Le courlis à bec grêle montre à quel point nos systèmes sont fragiles lorsque les espèces dépendent de soins partagés au-delà des frontières. Il a quitté la Sibérie pour l'Afrique du Nord, traversant des dizaines de pays, sans appartenir pleinement à aucun d'entre eux. Cette absence de responsabilité claire et de volonté mondiale s'est avérée fatale.

Sa disparition nous montre que si nos traités et nos cadres tels que l'AEWA et la Convention sur les espèces migratrices reconnaissent le problème, il manque un maillon, un moteur puissant pour passer de la parole aux actes.

Que peut nous apprendre l'extinction du courlis à bec grêle ? Que devons-nous faire différemment, en tant que pays ?

La disparition du courlis à bec grêle devrait nous bouleverser profondément. Cet oiseau traversait invisiblement les frontières, reliant les zones humides, les peuples et les cultures de la Sibérie à l'Afrique du Nord, et pourtant il a échappé à l'attention de nos nations, de nos institutions et de nos priorités. C'est précisément là que les accords multilatéraux sur l'environnement tels que la Convention sur les espèces migratrices (CMS) et l'AEWA doivent désormais s'imposer : dans les espaces intermédiaires. Leur objectif est de garantir que les espèces migratrices ne soient plus jamais abandonnées à des actions fragmentées et à l'indifférence.

Le courlis à bec grêle nous enseigne que les traités seuls ne suffisent pas ; ils doivent être des cadres vivants qui favorisent la collaboration, financent la surveillance, coopèrent à la sensibilisation et tiennent les pays responsables de leur mise en œuvre sur le terrain. Ce n'était pas la connaissance qui nous manquait, mais la coordination, l'urgence et la volonté (y compris la volonté publique) d'agir au-delà des frontières juridictionnelles. Pour les espèces futures, les AME doivent être proactives plutôt que réactives, transformer les données partagées en engagements contraignants, permettre aux communautés locales de protéger les sites et insister pour que le développement économique respecte les routes migratoires.

Pour éviter une nouvelle perte comme celle-ci, les pays doivent aller au-delà des engagements sur papier et s'engager dans un partenariat authentique, ouvert et tourné vers le public : conservation conjointe des voies migratoires, financement à long terme de la recherche sur le terrain et reconnaissance morale du fait que ce qui arrive à un oiseau sur un rivage a des répercussions sur tous les autres. L'extinction du courlis à bec grêle est un appel à combler le fossé entre la connaissance et l'action efficace.

Ces dernières années, nous avons été témoins à la fois de réussites (comme celles de l'oie des moissons et de l'ibis chauve) et de tragédies (comme cette extinction). Qu'est-ce qui distingue une réussite en matière de conservation d'un échec ? Quelles leçons pouvons-nous tirer de cette extinction ?

La conservation, c'est 10 % de gestion de la faune sauvage et 90 % de gestion des personnes. Le succès ou l'échec de la conservation dépendent rarement de nos connaissances, mais plutôt de notre rapidité d'action et de notre capacité à établir des liens entre la science, la politique et les personnes. L'oie des moissons et l'ibis chauve montrent ce qu'il est possible d'accomplir lorsque la collaboration est réelle : lorsque les pays partagent leurs données, investissent dans la protection des habitats et soutiennent les personnes sur le terrain qui permettent le rétablissement des espèces.

L'extinction du courlis à bec grêle raconte une autre histoire. Son déclin est passé largement inaperçu, dispersé à travers les frontières et les décennies. Il n'y avait aucune urgence jusqu'à ce qu'il soit trop tard. La leçon est douloureusement claire : tout retard est fatal.

Nous avons besoin de systèmes de conservation qui soient agiles, inclusifs et internationaux dans la pratique, et pas seulement dans nos aspirations, où des mesures énergiques sont prises dès les premiers signaux d'alerte, et non pas lorsqu'ils clignotent en rouge. Le sort du courlis à bec grêle devrait nous enseigner que nous ne pouvons pas sauver les espèces de manière isolée ; leur survie dépend de paysages interconnectés, de communautés informées et d'une détermination commune.

Que diriez-vous aux décideurs politiques qui se préparent pour la MOP9 de l'AEWA et la COP15 de la CMS à la lumière de cette perte ?

Aux décideurs politiques qui se préparent pour la MOP9 de l'AEWA et la COP15 de la CMS, je dirais ceci : l'extinction du courlis à bec grêle ne doit pas être considérée comme une triste anecdote, mais comme le signe d'une défaillance du système. Un oiseau migrateur qui reliait autrefois la Sibérie à l'Afrique du Nord a disparu, non pas parce que nous manquions de traités, mais parce que nous n'avons pas su agir avec urgence et cohésion dans le cadre de ces traités.

La force de ces conventions dépend du courage et de la coopération qui les sous-tendent. Elles doivent passer de simples déclarations d'intention à des instruments d'action, avec un financement qui atteigne le terrain, un suivi continu et des décisions qui intègrent les connaissances locales et la science mondiale. Et puis, surtout, il faut le dire au monde entier.

Le courlis à bec grêle devrait être une boussole morale : un rappel que l'extinction n'est pas une politique abstraite, mais un silence irréversible. Que sa disparition guide une détermination renouvelée à protéger ce qui reste.

Comment vous (ou, plus généralement, les scientifiques et les défenseurs de l'environnement) gérez-vous émotionnellement l'extinction d'une espèce que vous avez étudiée ou que vous avez tenté de sauver ?

Lorsqu'une espèce disparaît, ce n'est pas seulement une perte scientifique, un oiseau rayé d'une liste, c'est un deuil. Ceux qui ont passé des années à étudier ou à protéger cet oiseau, cet animal ou cet habitat ressentent souvent ce que nous appelons aujourd'hui le deuil écologique : la douleur de perdre quelque chose d'irremplaçable, quelque chose que vous connaissiez et dont vous preniez soin. Avec le temps, cela peut se transformer en une usure émotionnelle, un lent effritement de l'espoir sous le poids d'un déclin continu et d'une réponse inadéquate. De nombreux défenseurs de l'environnement se sentent profondément seuls face à cette enormité, conscients à la fois de ce qui est en train de disparaître et frustrés de ne pas pouvoir l'empêcher.

Pour y faire face, il faut trouver des moyens de partager ce fardeau. Nous pouvons y parvenir grâce à la communauté, à l'art, aux traditions culturelles et à des conversations qui reconnaissent que se soucier profondément n'est pas une faiblesse, mais une force. Nous avons besoin de systèmes qui soutiennent ceux qui travaillent en première ligne contre l'extinction, qui laissent place à l'émotion autant qu'aux preuves. Car si nous perdons notre capacité à ressentir, nous perdons la raison même pour laquelle nous nous battons pour protéger la vie.

Pensez-vous que le public comprend vraiment ce que signifie la déclaration d'extinction d'une espèce ? Que pourrions-nous faire pour sensibiliser davantage les gens ? Et quels en seraient les résultats ?

Je ne pense pas que la plupart des gens comprennent vraiment ce que signifie l'extinction, son caractère définitif et éternel. Cela semble abstrait, comme un mot tiré d'un manuel scolaire, et nous sommes habitués à ce que la science règle les problèmes. La réalité, c'est la fin d'une chanson, d'une présence qui autrefois volait librement dans le ciel et traversait les générations. Lorsqu'une espèce comme le courlis à bec grêle est déclarée éteinte, le monde devient nettement plus silencieux, non seulement sur le plan biologique, mais aussi sur le plan spirituel.

Une partie du problème réside dans la distance. Ces pertes se produisent souvent loin de la vie quotidienne, dans des zones humides ou sur des routes migratoires que la plupart des gens ne verront jamais. Pour que les gens s'en soucient, nous devons réduire cette distance, raconter des histoires, montrer la beauté qui est en train de disparaître et aider les autres à se sentir partie intégrante du même monde vivant.

Si nous faisions cela, si l'extinction était perçue comme une blessure commune plutôt que comme un fait académique, alors les politiques, le financement et la volonté publique seraient très différents. Nous passerions de la réponse à la crise à la prise en charge, du deuil à la prévention. Et peut-être alors, plus aucune espèce ne disparaîtrait avant que nous remarquions son absence.

Quel message souhaiteriez-vous que l'histoire du courlis à bec grêle transmette à la prochaine génération ? Quel message aimeriez-vous adresser aux futurs décideurs politiques, défenseurs de l'environnement et passionnés d'oiseaux et de nature ?

L'histoire du courlis à bec grêle devrait être à la fois un avertissement et une source de détermination. Elle nous rappelle que la beauté peut disparaître discrètement, même à l'ère de la science, des traités et de la technologie. Elle n'a pas disparu par malveillance, mais par négligence et par mille petits échecs à remarquer, à se soucier, à relier les points à temps.

À la prochaine génération : ne détournez pas le regard. Que cette extinction renforce votre sens des responsabilités, et non votre désespoir. Chaque espèce, chaque parcelle de terre ou chaque étendue de zone humide fait partie du même système vivant qui nous soutient. Vous avez la possibilité de reconstruire ce lien, d'apporter de la compassion, de nouvelles perspectives et une nouvelle créativité dans notre façon de vivre avec le reste de la nature.

Et aux futurs décideurs politiques et défenseurs de l'environnement : soyez audacieux, soyez solidaires et soyez humains. Protéger la vie sur Terre n'est pas seulement un travail technique, c'est un travail moral. Nous sommes de plus en plus technologiques, transactionnels, axés sur les données et encadrés par la légalité. Nous oublions parfois que nous sommes encore des êtres humains fragiles, avec des sentiments et des échecs. Le courlis à bec grêle devrait continuer à vivre pour nous rappeler ce qui se passe lorsque nous l'oublions, et comme une promesse que nous pouvons faire un choix différent la prochaine fois.

Comment pouvons-nous transformer l'extinction du courlis à bec grêle en un catalyseur pour une action de conservation plus forte, plus efficace et mieux coordonnée ?

L'extinction du courlis à bec grêle ne doit pas rester sans suite. Son histoire nous montre ce qui se passe lorsque les informations sont dispersées, les responsabilités diluées et l'urgence perdue dans les entreprises et la bureaucratie. Pour honorer cet oiseau, nous devons mettre en place un système qui agit avant la crise, et non après.

Cela signifie qu'il faut mettre en commun les connaissances locales, la science et les politiques au-delà des frontières, afin que les alertes précoces soient entendues et suivies d'effets. Cela signifie qu'il faut doter la surveillance sur le terrain de ressources suffisantes, donner aux communautés qui vivent aux côtés de la faune sauvage les moyens d'agir, ancrer les connaissances sur la nature dans toute la société et veiller à ce que des traités tels que l'AEWA et la CMS soient des moteurs d'action et non de simples recueils de bonnes intentions.

Mais plus encore, cela signifie rétablir la confiance entre les secteurs, entre les nations et entre les hommes et la nature. Le courlis à bec grêle peut encore nous guider, si nous laissons sa disparition nous enseigner l'humilité, l'urgence et la valeur de la protection collective. L'extinction ne doit pas clore un chapitre, elle doit déclencher un mouvement.

S'il y a une leçon essentielle que le monde devrait tirer de cette extinction, quelle serait-elle ?

S'il y a une leçon que le monde devrait tirer de l'extinction du courlis à bec grêle, c'est celle-ci : savoir n'est pas agir. Nous en savions assez pour agir, mais nous n'avons pas agi à temps. La connaissance sans coordination, sans engagement, est impuissante. Je reviens toujours à Bab Dioum : nous préserverons ce que nous aimons, nous aimerons ce que nous comprenons et nous ne comprendrons que ce qu'on nous enseigne.

La disparition du courlis nous rappelle que la conservation ne repose pas uniquement sur des données, mais aussi sur la volonté, l'empathie, l'éducation et le courage au-delà des frontières. L'extinction ne se produit pas seulement dans des zones humides reculées, mais aussi dans les espaces entre nos décisions.

La leçon est simple et profonde : lorsque les signes avant-coureurs apparaissent, agissons ensemble, rapidement et avec cœur. Si nous ne le faisons pas, ce scénario se répétera pour les générations à venir.

 

À PROPOS :

Cet article sur le courlis à bec grêle, préparé par le Secrétariat de l'AEWA, se veut un mémorial vivant et une source d'inspiration - un récit humain sur la perte, l'apprentissage et l'engagement renouvelé en faveur de la conservation des espèces migratrices. L'extinction du courlis à bec grêle nous rappelle que, pour cette espèce, les efforts internationaux visant à la conserver sont tout simplement arrivés trop tard. Cependant, nous sommes convaincus que l'histoire de son extinction peut également être une source d'inspiration qui renforcera notre détermination à faire en sorte qu'aucune autre espèce de l'AEWA ne subisse le même sort.

Si vous ou l'un de vos proches avez une histoire à partager sur le courlis à bec grêle, nous vous invitons à contribuer à cette archive de souvenirs, d'inspiration et d'espoir en écrivant à [email protected]