Le projet Conservation Evidence, basé à l’Université de Cambridge, au Royaume-Uni, a un objectif simple mais ambitieux. Il vise à inventorier toutes les interventions jamais imaginées en faveur de la conservation dans le monde entier, et à rassembler toutes les preuves sur la façon dont elles ont réellement marché. Ce projet est en cours, avec de nouveaux chapitres ajoutés chaque année, regroupés par taxons, habitats ou thèmes – tous consultables gratuitement sur www.conservationevidence.com. Les données probantes sur les oiseaux, rassemblées en 2010, sont particulièrement pertinentes pour l’AEWA et le ‘synopsis’ sur la conservation des oiseaux peut se vanter de présenter 1 328 études vérifiant 322 actions différentes pouvant être entreprises en faveur de la conservation des oiseaux.Une actualisation de ces données est prévue ou début 2018, et devrait probablement ajouter au moins 600 nouveaux documents et 15 nouvelles interventions.

Pour chaque intervention (telle que ‘utiliser des leurres pour attirer les oiseaux vers des zones sûres‘ ou ‘transfert de pingouins‘), tous les documents scientifiques sont résumés en anglais en un seul paragraphe, dénué de jargon, et des messages clés sont extraits de tous les documents afin d’offrir un bref aperçu du sujet. Les sites des études portant sur cette intervention sont indiqués sur une carte du monde. Par ailleurs, les experts examinent les données et évaluent chaque intervention au niveau de son efficacité, de la certitude des preuves fournies et de tous les effets secondaires nocifs, plaçant chaque intervention dans une catégorie symbolisée par une couleur, allant de ‘bénéfique’ à ‘probablement inefficace ou nocive’. Vous trouverez sur le site Web des vidéos expliquant le processus de recueil de données et d’évaluation par les experts.

Vous pouvez voir ci-dessous un exemple de page du site Web de Conservation Evidence, à laquelle pouvez accéder en cliquant.

Partie de la page traitant du rétablissement ou de la création de zones humides intérieures pour les oiseaux – affichant les messages clés, l’évaluation des experts, les pays sources et la première étude utilisée pour constituer les preuves. Cliquer pour voir toute la page.

 

 

 

Réunir les données

La capacité de pouvoir regrouper toutes les données de cette façon vous permet de chercher facilement dans la base de données en vue d’obtenir rapidement une compréhension approfondie d’un sujet. Vous pouvez interroger les données de plusieurs façons. Par exemple, vous pouvez chercher ‘Sterne de Dougall‘ pour voir quelles sont les études réalisées sur cette espèce ; vous pouvez aussi effectuer vos recherches à partir de ‘Sterne’ pour voir à un niveau plus large les enseignements se rapportant à la conservation des sternes, que vous pourrez appliquer à la Sterne de Dougall. Il est également possible de rechercher ‘attirer des oiseaux dans des zones sûres‘ si votre objectif principal est de voir l’efficacité des différentes méthodes susceptibles d’être utilisées pour encourager les sternes à nicher dans certains endroits. De courtes vidéos expliquant comment utiliser le site Web le plus efficacement possible sont également disponibles sur le site.

Obtention de l’impact maximum

L’examen de ces données nous rappelle qu’en matière de conservation, les bonnes intentions ne suffisent pas. Certaines idées fonctionnent bien mieux que d’autres. Nous disposons d’un temps, d’une somme d’argent et d’une énergie limités pour sauver la biodiversité ; nous devons les utiliser pour les solutions susceptibles d’avoir le plus grand impact possible. Presque la moitié des interventions examinées dans la synthèse de 2010 sur les oiseaux a fini dans la catégorie ‘efficacité inconnue’, avec 13 pour cent en plus ne présentant aucune donnée probante. Moins de 0,5 pour cent des interventions a été classé comme étant bénéfique ; toutefois presque le quart de toutes les interventions étaient ‘probablement bénéfiques’. La moitié des interventions se sont avérées ‘probablement pas bénéfiques’ ou ‘probablement inefficaces ou nocives’. Tandis que la mise à jour de 2018 risque de clarifier le statut de nombreuses interventions actuellement classées comme ayant une ‘efficacité inconnue’, il nous reste encore du chemin à parcourir pour connaître exactement les solutions les plus efficaces pour la conservation des oiseaux.

Une couverture encore plus mondiale

Il existe en outre une forte propension à ce que les interventions soient davantage examinées dans certains pays que dans d’autres. Par exemple, presque 450 interventions en faveur de la conservation des oiseaux ont été examinées aux Etats-Unis, tandis que pour la plupart des pays, aucune vérification n’avait été effectuée. Au sein des Parties contractantes à l’AEWA, un nombre largement plus élevé d’interventions a été examiné au Royaume-Uni – 247 interventions – alors que le pays venant en deuxième position, l’Espagne, en comptait seulement 34. La plupart des pays des Parties contractantes - 48 pays - n’avaient encore aucune intervention ayant fait l’objet d’un examen. Tandis que ce déséquilibre peut être en partie dû au fait que seules les revues en langue anglaise ont fait jusqu’à présent l’objet de recherches, il reflète aussi largement les tendances au niveau des données (environ 2/3 des données sur la conservation de la biodiversité sont publiées en anglais). On peut espérer que cette carte motivera les défenseurs de la nature à modifier certaines de ces tendances en examinant des interventions dans des pays de l’AEWA autres que le Royaume-Uni !

Une fonctionnalité de filtrage supplémentaire qui sera bientôt disponible sur le site permettra aux utilisateurs de trouver plus facilement des études particulièrement pertinentes pour l’AEWA.

Cette carte interactive montre le nombre d’interventions en faveur des oiseaux de chaque pays, en date de la synthèse de 2013 sur les oiseaux. Zoomer pour voir chaque région plus en détail ; et utiliser le filtre sur la droite pour afficher tous les pays, les Parties contractantes à l’AEWA, les États de l’aire de répartition n’étant pas Partie, et tous les autres pays.

 

 

 

Bulletin destiné aux praticiens

Conservation Evidence ne se contente pas de recueillir les données provenant d’autres revues scientifiques ; il gère également un bulletin destiné aux praticiens publiant les résultats de l’examen d’interventions. La publication dans ce bulletin est gratuite et tous les documents sont consultables en libre accès afin de permettre à d’autres défenseurs de la nature de les lire. Les documents peuvent se limiter à une page, l’accent portant sur l’examen des interventions et non pas sur la nouveauté scientifique, et l’idée étant d’aider les praticiens de la conservation qui ne publient pas dans les revues scientifiques traditionnelles à partager leurs travaux avec d’autres. On espère que les professionnels de la conservation pourront utiliser la base de données de Conservation Evidence pour trouver les stratégies les plus efficaces pour la conservation des espèces qu’ils protègent, avant d’informer à leur tour d’autres défenseurs de la nature en examinant des interventions et en publiant les résultats. Ce cycle positif de communication de résultats consistant à utiliser et générer des données probantes pourrait bien être l’une des manières les plus efficaces de sauver nos magnifiques oiseaux migrateurs, avant qu’il ne soit trop tard.